Construction

Ce chapitre porte sur les sujets suivants:

1. Introduction
2. Construction d’une maison
3. Construction d’une latrine
4. Construction d’un système de récupération/collecte d’eau
5. Aménagements finaux

1. Introduction

1.1. Le concept TCLA (Techniques de Construction Locale Améliorée)
La méthode de construction selon l’approche TCLA (Technique de construction locale améliorée) est devenue un standard pour les projets de reconstruction dans les zones rurales et isolées d’Haïti. L’approche TCLA est basée sur les techniques de constructions locales qui résistent le mieux aux tremblements de terre ou aux cyclones grâce au renforcement des structures et à un meilleur assemblage des éléments de construction.

Le principe de construction des maisons selon l’approche TCLA allie une structure porteuse, un assemblage en bois et un ancrage rigide au niveau des fondations. L’assemblage en bois de la structure porteuse garantit la flexibilité de l’ensemble de la construction. La construction parasismique et paracyclonique est donc résistante aux séismes et aux vents forts.

Cette approche vise à rendre l’habitat plus sûr et plus durable tout en respectant la culture et les traditions locales. Elle préconise l’utilisation de matériaux de construction disponibles localement.

>Plan AutoCAD de la maison TCLA, de la latrine et du système de récupération de l’eau

1.2. Utilisation de matériaux disponible localement
L’approche TCLA prévoit de maximiser l’utilisation de matériaux disponibles localement afin de renforcer la durabilité des projets de construction au niveau communautaire. Elle priorise l’utilisation de matériaux locaux tels que la chaux, les pierres, le sable voire même le bois et l’eau ou celle de matériaux de construction vendus sur les marchés locaux tels que le ciment, le fer et les tôles. L’utilisation de matériaux disponibles sur place facilite l’entretien et les réparations des maisons par les familles. Par ailleurs, suite à une catastrophe naturelle, certains matériaux comme le bois et les pierres des bâtiments détruits peuvent être récupérés pour la reconstruction.

1.3. La latrine et le système de récupération d’eau

La construction d’une latrine et d’un système de récupération de l’eau de pluie renforce l’amélioration des mesures en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement (EHA). Les latrines représentent un aspect important en matière de santé. Leur construction et leur utilisation favorisent la fin de la défécation à l’air libre. Elles contribuent également à la lutte contre le choléra et autres maladies transmissibles. L’ensemble maison, latrine et système de récupération d’eau est un élément clé de la protection et de la sécurité des individus y compris des femmes et des enfants.

La disponibilité de l’eau est une condition préalable à la propreté des latrines et à la bonne hygiène des populations. Un système de récupération de l’eau de pluie permet aux familles qui vivent loin des sources et captages d’eau d’avoir accès à l’eau pour leur hygiène personnelle. Cela réduit la nécessité de parcourir des kilomètres pour s’approvisionner en eau. L’installation d’un système de récupération d’eau améliore considérablement la qualité de vie des populations en facilitant l’accès à l’eau. Les familles bénéficient de plusieurs modules de formation en EHA et sur l’entretien des latrines et des systèmes de récupération de l’eau.

>Modules de formation en EHA pour les familles
>Formation en EHA et entretien pour les familles

1.4. Approche participative et rôle des familles dans la construction des maisons
Les familles sont les principaux acteurs de la construction des maisons. La taille de la maison est directement liée à la contribution des ménages en main d’œuvre et matériel. Il revient à la famille de choisir l’équipe des artisans et artisanes qui gère le chantier et d’organiser l’approvisionnement en matériaux.


L’implication des familles est importante pour garantir l’appropriation (en anglais « ownership ») de l’approche de construction et l’entretien de la nouvelle maison. Elles sont responsables de :

– préparer le chantier
– transporter les matériaux de construction du lieu de déchargement au lieu de construction
– stocker les matériaux
– gérer l’approvisionnement en matériaux locaux (argile, sable, pierres) et en eau
– creuser la fosse pour les toilettes

Chaque famille participe à différents ateliers en lien à la construction des maisons selon l’approche TCLA. Il s’agit de permettre à chacune des familles ciblées de comprendre l’approche, de participer à la construction ou à la reconstruction et d’être en mesure de prendre en charge l’entretien de la maison, de la latrine et du système de récupération de l’eau.

>Modules de formation dans l’approche TCLA pour les familles

1.5. Le rôle des ingénieurs
Les familles sont soutenues par les ingénieurs de terrain en collaboration avec les ingénieurs municipaux. Les ingénieurs de terrain apportent un soutien technique aux familles pendant toutes les étapes de la construction de la maison et les aident à assumer leur rôle de propriétaire dans le processus. Ils s’assurent la qualité des travaux réalisés, conseillent les artisans, déclenchent les commandes de matériaux, vérifient la qualité des matériaux et déclenchent le paiement des artisans en fonction de l’avancement des travaux.

1.6. La livraison des matériaux
Les matériaux de construction qui ne sont pas disponibles sur place (ciment, bois, tôles, cordes, clous, fil à ligaturer) sont livrés à un point de collecte.

Ce point de collecte des matériaux est déterminé en fonction de la limite de l’accès aux véhicules. Les familles sont responsables du transport des matériaux du point de collecte jusqu’au chantier. La livraison des matériaux de construction est orchestrée par l’ingénieur de terrain en fonction de l’avancement des travaux.

1.7. Le rôle des artisans et artisanes
Les artisans et les artisanes de chaque section sont sélectionné.e.s en fonction de critères définis au préalable. Ils et elles sont formé.e.s selon l’approche TCLA et sont responsables de la construction des maisons, des latrines et du système de récupération de l’eau. Chaque famille en sa qualité de gestionnaire de chantier choisit son équipe d’artisans et artisanes.


À la fin de chaque étape de construction, les honoraires des artisans et artisanes sont versés sur leur compte bancaire.

Étape 1: Fondation (maçon)
Étape 2: Ossature bois (charpentier)
Étape 3: Toiture en bois et en tôles (charpentier)
Étape 4: Murs de remplissage (maçon)
Étape 5: Latrine / système de récupértaion de l’eau / finition (maçon et charpantier)

>Modules de formation des artisans et artisanes
>Formulaires de support pour la construction, devis et logistique

1.8. Validation du projet
Au niveau national, l’UCLBP est le partenaire qui a pour responsabilité de valider le projet.

Selon les directives de l’UCLBP, le dossier doit être accompagné de tous les plans et documents requis (chronogramme des activités, devis, plan détaillé, liste des familles, etc.).

>Validation UCLBP

2. Construction d’une maison

2.1. Réalisation
Après avoir nivelé le terrain, l’emplacement de la fondation doit être déterminé, mesuré et visualisé au moyen d’une corde. Ces informations permettent aux artisans et artisanes de déterminer la profondeur et la hauteur de la fondation en fonction de la qualité du sol.

2.2 Fondation et sol
La hauteur de la fondation est de trente (30) à quarante (40) centimètres par rapport au-dessus de la surface du sol. Cela permet de protéger le bois de la structure porteuse, notamment en cas de fortes pluies.

La fondation est une combinaison de maçonnerie de roche et de mortier bâtard (mélange de ciment, de chaux et de sable). Une attention particulière doit être portée à la taille, l’emplacement et la pose des roches au niveau des angles ainsi qu’à la fixation des accroches pour l’ancrage de la lisse d’assise ou lisse basse. Une couche imperméable en mortier de ciment empêche l’érosion de la fondation et sert de support plat pour la lisse basse.

Le sol intérieur de la maison est fait de pierres, de gravier et d’une couche de ciment. Il offre une protection contre l’humidité et permet un nettoyage facile. Le sol intérieur doit être surélevé d’environ dix (10) centimètres par rapport au terrain.

2.3. Structure porteuse en bois
La méthode de construction préconisée repose sur une ossature en bois avec des fondations caractérisées par un ancrage rigide au niveau du sol.

L’ensemble de la construction est solidement ancré à l’aide de fers à béton au niveau de la lisse basse. Les poteaux sont placés de telle sorte qu’ils puissent être reliés à la lisse basse par des straps. La lisse haute est également reliée aux poteaux avec des straps. Elle sert d’élément d’ancrage du toit en bois.

La stabilité de la construction est garantie par des angles solides et des assemblages en bois situés aux joints de la lisse basse et de la lisse haute.

La construction est renforcée par des poutres en forme de croix de Saint-André, des parois intérieures et des lisses intermédiaires. Des renforts d’angle sont également prévus au niveau de la lisse haute.

2.4. Structure porteuse du toit, de la véranda et des ouvertures
Afin de minimiser l’étendue de la surface exposée aux vents forts, le toit principal est en forme de croupe. L’ancrage du toit à la lisse haute est fait au moyen de straps. Des renforcements supplémentaires en forme de croix et des poutres à treillis en bois assurent la résistance de la structure et du toit face aux aléas naturels.

Des liteaux à vis spéciales (clous torsadés) permettent de supporter les panneaux de tôle ondulée utilisés pour la toiture.

Particulièrement exposé aux vents forts, le toit de la véranda n’est pas connecté au toit principal. Cela permet d’éviter d’endommager l’intégralité du toit de la maison au cas où le toit de la véranda se détacherait suite à des vents forts.

Les portes et fenêtres sont installées comme derniers éléments de la charpente.

Remarque : Le projet s‘est limité exclusivement à la construction de nouvelles maisons. Les réparations ont été évitées en raison des déficits structurels présents au niveau des fondations existantes. Dans ce contexte spécifique, effectuer des réparations de qualité satisfaisante s’avérait difficile. Dans un autre contexte, cela reste envisageable.

>Formulaires de support de la construction, devis et logistique
>Plan AutoCAD de la maison TCLA, de la latrine et du système de récupération de l’eau

2.5. Mur de remplissage
Les murs de remplissage triangulaires sont construits à l’aide de pierres de taille moyenne et d’un mortier souple (un peu de ciment et, lorsque disponible, de la fibre de sisal). La fixation à la structure porteuse se fait avec des clous et du fil à ligaturer. Un revêtement de crépi à base de ciment protéique est appliqué sur les murs de remplissage extérieurs car il résiste bien aux aléas environnementaux. Le crépi appliqué à l’intérieur facilite le nettoyage.


Selon les techniques architecturales locales, il est possible de remplacer les pierres par des clissages en bois avec un enduit de mortier souple.

Remarque : Les murs de remplissage peuvent être endommagés en cas de tremblement de terre. Néanmoins, leur petite taille ainsi que l’utilisation d’un mortier souple empêchent aux panneaux de se détacher complètement. Cela minimise le danger pour les personnes qui se trouveraient à l’intérieur de la maison lors d’un séisme. Les panneaux éventuellement endommagés peuvent être facilement réparés avec des matériaux disponibles sur place.

3. Construction d’une latrine

3.1. Réalisation
Avant de construire des latrines, il est important de prendre en compte la distance entre leur emplacement, les sources d’eau douce, les ruisseaux et les rivières.
Une latrine améliorée à fosse ventilée (ou VIP de l’anglais « Ventilated Improved Pit ») est construite à une distance raisonnable de la maison et de la cuisine. La maison est surélevée par rapport à la latrine dont l’accès est visible.

Après avoir creusé une fosse de deux (2) à trois (3) mètres de profondeur, la latrine repose sur une dalle de fondation préfabriquée en béton armé. La dalle est construite sur une fondation en maçonnerie de roche. La surface lisse de la dalle permet un nettoyage facile.

En raison de son poids, la dalle est construite en deux parties. Elle est placée à environ trente (30) centimètres au-dessus du niveau du sol.

Selon ce que souhaite la famille, la latrine dispose d’un siège ou d’un trou.

La cabine ou superstructure ainsi que le toit sont construits en bois. Les parois de la cabine sont faites de nattes. Les nattes sont produites localement selon une technique de tressage. L’utilisation de nattes permet de soutenir la population en encourageant l’artisanat local. Lorsque cela est envisageable, les parois sont construites avec des clissages en bois pour une meilleure durabilité.

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>Plan AutoCAD de la maison TCLA, de la latrine et du système de récupération de l’eau

4. Construction du système récupération de l’eau

4.1. Réalisation/Emplacement
La construction d’un toit en croupe, avec des pans inlinés, permet de recueillir l’eau de pluie des deux côtés du toit. L’eau est récupérée via des gouttières raccordées à un réservoir. Le réservoir est l’élément principal du système de récupération de l’eau de pluie. Il est fixé dans du béton pour qu’il ne s’envole pas en cas de vents forts. Un robinet est installé à environ cinquante (50) centimètres au-dessus d’un bassin de collecte d’eau. Le bassin facilite l’approvisionnement en eau en cas de pluie prolongée. Il dispose d’une inclinaison pour éviter l’accumulation d’eau stagnante. L’eau qui s’écoule du bassin est dirigée vers une fosse d’infiltration. Il est facile à nettoyer.

Un élément important de l’installation est la première chasse d’eau (en anglais « first flush »).  Le « first flush » empêche l’écoulement d’eau polluée dans le réservoir.

La formation des familles à la gestion et au nettoyage du système de récupération d’eau de pluie est indispensable.

Remarque: Si possible, le système d’eau est placé entre la latrine et la maison afin de faciliter le lavage des mains. Une attention particulière est accordée à la fixation solide des tuyaux sanitaires et à l’utilisation des matériaux de bonne qualité qui nécessitent moins d’entretien. Un élément important est la qualité des robinets.

>Formulaires support construction, devis & logistique
>Plan de construction

5. Fin de la construction et aménagements autour de la maison

5.1. Réalisation
Il est important d’envisager certains aménagements autour de la maison pour favoriser la durabilité de la construction. Une fois les travaux terminés, les matériaux de construction doivent être rangés et le site nettoyé.  Du gravier peut être utilisé pour faire des drainages autour de la maison. Un bon drainage empêche la formation de zones humides et donc l’érosion de la fondation.  

Pour créer un environnement agréable, il est recommandé de planter des arbres ou d’aménager un jardin de subsistance, « jaden lakou » en créole.